Olivier Reneau            Retour à la liste

Oripeaux panoramique

Évinçant les railleries de certains puristes en matières de technique photographique, Jürgen Nefzger semble, à travers la prise de vue panoramique, avoir trouvé le moyen idéal pour rendre compte de l’environnement contemporain. À l’heure où les télévisions à haute définition et autres écrans plats peuplent notre habitat, les paysages urbains de Nefzger rendent compte d’une réalité parfaitement en prise avec notre temps. Au cours de ses voyages en France, le jeune photographe d’origine allemande s’est attaché à relater la manière dont l’homme cherche, encore aujourd’hui, à construire des espaces de vie faussement idylliques.

Complexes HLM en pleine montagne, barres de béton bordant le littoral, centres commerciaux équipés des parkings se déployant sur des hectares, ces artifices créés pour notre bien-être prennent alors, dont l’objectif de cet artiste, tous les attraits d’un oripeau. Ainsi ironie du sort, ces espaces apparaissent, dans chacun des clichés anormalement désertés par l’homme. A l’instar d’un artiste comme Mariko Mori qui use de l’effet panoramique pour rehausser la nature du lieu dans lequel elle opère, Nefzger se sert de cet effet pour insister sur l’honnêteté et l’objectivité de ses images. Il n’est pas question d’enjoliver le site choisi mais au contraire d’en montrer un triste constat.
Le jeune photographe garde toutefois une note d’espoir et souligne que la nature et le temps reprennent peu à peu le dessus sur les choses. À titre d’exemple, cette vue de Bordeaux près du pont de la Gironde où une barre de béton en cours de destruction montre une évolution possible.

Olivier Reneau, critique d'art et commissaire d'exposition, 1998
Catalogue du Salon d’art contemporain Jeune Peinture.