Fluffy Clouds est un projet photographique où je m'intéresse à l'Europe de l'énergie nucléaire. Le titre Fluffy Clouds peut se traduire en français par "ça moutonne" et renvoie à une notion du pittoresque populaire. Les paysages les plus divers ainsi que toutes sortes d'activités humaines sont représentés dans la série actuelle sous conditions de se trouver "à vue" d'une centrale nucléaire. Ce ne sont donc pas les centrales qui ont été au centre de mon intérêt mais bien les alentours. Leur présence est néanmoins constamment évoquée dans chaque image, soit directement par un élément du bâti (tour de refroidissement, réacteur…), soit par des indices indirects (nuages de fumée, panneaux, grilles….). Ce principe de base est formulé depuis le départ et je me suis strictement tenu à ces consignes sans expérimenter avec des vues sans centrales. Le cheminement photographique a pris la forme d'un parcours où les centrales deviennent des points de repères dans le paysage et leur emplacement dicte l'endroit et l'angle de la prise de vue.

La première série du projet commencé en 2003 en France, fut élargie en 2004 lors d'un séjour en Suisse et en Belgique, puis lors de trois voyages successifs en Espagne, en Grande-Bretagne et enfin en Allemagne. La crainte que j'avais éprouvée au début, celle de la répétition, d'un enchaînement d'images trop semblables les unes aux autres, ne s'est pas confirmée. Bien au contraire, j'étais jusqu'au dernier jour de mes voyages toujours surpris par la grande diversité des paysages et des activités situés autour des centrales : un autre paysage, une autre manière d'occuper et de penser l'espace et bien sûr des comportements et une attitude différents envers le nucléaire.

En Espagne, toute personne s'approchant d'une centrale est suspecte et s'expose à des contrôles sévères par la police et des menaces ; les mesures antiterroristes sont appliquées à la lettre et les centrales ressemblent à des bases militaires. En revanche, à Sellafield, en Angleterre, la population joue le plus naturellement au golf à quelques pieds seulement du plus grand complexe nucléaire d'Europe. En Allemagne, le nucléaire est vécu comme une solution du passé, une réponse technique donné à un moment révolu face à un problème d'approvisionnement en énergie : des éoliennes poussent partout, réunies dans de vastes parcs, surtout au nord du pays, voisines parfois de centrales nucléaires.

A travers Fluffy Clouds j'ai essayé de donner une traduction visuelle de toutes ces attitudes. Mais en un an le monde a déjà changé. La Grande-Bretagne a découvert le terrorisme et je me demande si la politique de l' "understatement" n'a pas été révisée. Le gardien de la centrale Chapelcross en Ecosse ne discutera peut-être plus avec moi de la belle lumière en relevant tout aussi naturellement la plaque d'immatriculation de ma voiture… Au même moment en Allemagne, les élections anticipées de septembre semblent donner le pouvoir à l'opposition, ce qui ne laisse aucun doute sur une nouvelle relance du programme nucléaire. Ainsi verra-t-on peut-être des nouveaux chantiers de centrales là où est encore projeté la construction de parcs éoliens…

C'est ainsi que Fluffy Clouds s'inscrit aussi dans un moment précis, dans un monde en perpétuel changement et questionnement. Car tout en dépassant les frontières, Fluffy Clouds va à la rencontre des multiples contradictions inhérentes à nos sociétés. J'espère que Fluffy Clouds est une histoire qui parlera à tous ceux qui restent concerné par notre manière de vivre, en prenant garde de l'héritage laissé derrière nous. De mon point de vue, le spectacle curieux du nucléaire omniprésent nous rappelle que nous vivons tous dans le même voisinage et que nous devrons nous préoccuper d'avantage   de ce que nous mettons dans l'arrière cour de notre société . Depuis le début de mon voyage, il y a 2 ans, je suis plus que jamais convaincu que le nucléaire est une erreur du passé, et que nous devons sortir de cette impasse pour un avenir plus sûr et plus propre.




Jürgen Nefzger , août 2005


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