Françoise Reynaud            Retour à la liste

Jürgen Nefzger
Né en Allemagne, à Fürth, en 1968, Jürgen Nefzger s’intalle en 1996 à Paris. Il a fait ses études à Arles, à l’Ecole nationale de la photographie. Son travail artistique s’est orienté tout de suite vers une démarche documentaire par rapport au paysage rural et au paysage urbain.

A peine arrivé à Paris, il décide de découvrir la ville à travers l’œuvre d’Eugène Atget. Les images publiées dans les livres le guident vers ses premières prises de vue. Il respecte exactement le cadrage et la composition adoptés par Atget aux mêmes endroits.
Peu après, il vient au musée Carnavalet montrer aux conservateurs une vingtaine de couples d’images, où déjà se révèle sa préoccupation d’enregistrer la marque du passage du temps sur les espaces habités par les hommes.

            

Les milliers de tirages d’Atget conservés au musée Carnavalet, le musée de l’histoire de Paris, deviennent alors pour lui une nouvelle source d’images. Au cours des heures qu’il passe à les observer, Jürgen Nefzger se trace de nouveaux itinéraires. Puis il part dans la ville avec sa chambre photographique 4 x 5 inches. Le résultat est fascinant. Parmi les nombreux « suiveurs » d’Atget, le jeune artiste allemand est l’un des plus intéressants. Le dialogue formel et esthétique qu’il noue avec l’oeuvre d’un des grands maîtres de la photographie moderne est riche et en même temps subtil. Si la confrontation des images est remarquable, la succession des visions est ce qui met véritablement en scène la respiration de la ville. Depuis les coins de rues qui n’ont pas changé, à part graffitis et pavés, jusqu’aux immeubles de briques ou de béton construits à l’emplacement de vieilles maisons, tout un répertoire de situations se décline, que ce soit la dégradation, la restauration, l’agrandissement, le rehaussement, l’amputation, ou la disparition.

Comme Atget, Jürgen Nefzger a choisi d’éviter les passants. Il n’a pu éliminer totalement les véhicules stationnés au long des rues. Leur présence fait partie de l’histoire qu’il raconte sur la fragilité des choses et sur le paradoxe qui règne souvent entre la banalité du quotidien et le poids de la tradition.

Françoise Reynaud, Conservatrice chargée du département photo au Musée Carnavalet, 2003