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En regardant cette photographie, on ne peut sempêcher
de la trouver belle et, presque inconsciemment, dévoquer
la tradition picturale du paysage qui unit les lois de la perspective
à celles de la couleur. De part son sujet et sa composition, elle
nous invite à sarrêter, à prendre du temps pour
la regarder et, face aux sollicitations multiples de notre quotidien,
sa contemplation en devient comme un bienfait nécessaire. Si les
images de Jürgen Nefzger sont bien souvent harmonieuses et équilibrées,
ce nest pas que le beau soit pour lui une obligation à tout
prix, mais quand il se présente, il sait parfaitement le saisir
et nous le restituer, car il en a toutes les capacités et le savoir
faire. On ne fait pas dimages sans se salir les mains, lessentiel
est de ne pas nous le faire sentir et cette élégance est
le propre dune uvre réussie. Travail à la chambre,
le plus difficile mais le plus somptueux, beaucoup de rigueur et dexigence
pour ce qui aura le droit finalement de paraître, contribuent à
élaborer certains aspects de son travail.
Cependant, depuis quelques temps, lheure nest plus aux belles images, mais Jürgen Nefzger est aussi un photographe de la vie moderne et cela fait toute la différence. La meilleure façon quil ait trouvée pour nous parler du paysage est de nen trahir non seulement «leffet», mais aussi le «devenir». Et là, le géomètre qui sillonne le territoire, larpenteur qui a depuis longtemps décidé de sengager dans une réflexion sur notre espace de vie, vient tirer la sonnette dalarme. Voilà ce qui est, ce qui a été et voilà ce qui arrive. Voilà ce quils ont vu et voilà ce que je vois. Cette centrale nucléaire, en arrière plan, aux coloris discrets, sintègre si bien dans le paysage que pour un peu on ny prendrait pas garde et cest ainsi que ce qui nous reste encore de territoire « naturel » est peu à peu insidieusement envahi. En y regardant de plus près, notre belle image sest chargée de lépaisseur de nos consciences et de nos actes pour devenir un manifeste qui nous dit que lavenir du paysage est un enjeu qui nous concerne tous. Sans faire de choix entre plaisir et déplaisir, cette photographie, nous propose avec tranquillité et sans agression un temps suspendu comme le regard. Mais aussi belle soit-elle, et peut-être pour cette raison, il faut la regarder dun autre il et de près car elle est faite pour nous tenir en alerte et nous dire que tout ne va pas si bien surtout quand tout semble bien. Aussi documentaire quelle soit, la photographie nest jamais le reflet exact de la réalité et sa beauté peut devenir effrayante. Jürgen Nefzger se garde bien de nous le dire en face et ne souhaite pas aller plus loin que ce point déquilibre qui nous laisse le choix de reprendre à notre compte sa proposition. Seul un léger décalage, un humour teinté dune douce ironie, autre caractéristique de son style, est là pour alerter qui voudra, qui saura aller au-delà du paraître et de la séduction. Cest ainsi que nous sont ainsi donnés tous les éléments pour continuer à regarder seuls ce quil y a à voir. Françoise Paviot, Galerie
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