François-Nicolas L'Hardy            Retour à la liste

Jürgen Nefzger, aux portes du royaume.

Après des études de photographie, notamment à l’Ecole de la photographie d’Arles, Jürgen Nefzger poursuit l’inventaire photographique des bunkers du littoral atlantique. Un livre, La Forteresse (éd. William Blake & co.) rend compte de ce travail.

Un ensemble d’images de paysages urbanisés en France regroupée sous le titre Hexagone, marque le début de sa recherche autour du thème de la transformation des paysages.
Dans le même temps, il mène à Paris une recherche sur les modifications des lieux qui ont
été photographiés par Eugène Atget.

En outre, il photographie méticuleusement l'urbanisme naissant autour du parc Eurodisney. Intitulée "Aux Portes du Royaume", cette dernière série montre l'éclosion rapide de ces villes-champignons, formatées et calquées sur le modèle du pavillonaire américain, cher à Diane Arbus, Jeff Wall ou Bill Owens.
Du chantier qui prend la place des champs de blé jusqu'à l'arrivée des locataires ou des heureux propriétaires, Jürgen Nefzger photographie, documente, constate, enregistre l'évolution de cette architecture qui est le signe du développement de l'activité en Ile-de-France. Comme le note joliment Sylvain Lizon, " le format et l'encombrement de la chambre 20X25 centimètres qu'il utilise lui interdisent toute acrobatie subjective face à ces sujets.
Le point de vue est généralement frontal, caractéristiques de l'exigence documentaire du photographe ". Les paysages construits de Jürgen Nefzger présentent des espaces vides, de vastes étendues où de temps en temps un habitant, un passant minuscule, permet de prendre la mesure de l'échelle. Ces personnages en " soldats de plomb " ou en " nains de jardin " sont rares dans les images de Jürgen Nefzger, car il est vrai qu'ils ont toujours un rôle accessoire. Les villes nouvelles du grand Paris sont des simples décors, des maquettes ou des fragiles constructions, évoquant la légèreté du lego ou du balsa. Les détails de façades enchaînent en série leurs formes géométriques, comme dans un assemblage de jeu de construction.
En contrepoint, les séries d'implosions nous rappellent, s'il le fallait, que ces bâtiments, barres, tours, pavillons n'ont rien d'éternel. En bouclant la boucle, de la naissance à la mort d'un bâtiment, rendant possible pour le spectateur une fiction autour d'un personnage- " maison ", Jürgen Nefzger donne raison au cinéaste Nanni Moretti qui dans son film Journal intime imagine que l'on pourrait réaliser un film entier en n'enregistrant que des façades de maisons.

François-Nicolas L'Hardy, directeur du Centre Atlantique de la Photographie de Brest
in La lettre du Centre Atlantique de la Photographie de Brest, No. 14, mai 2001